Témoignages

Le rôle d’une travailleuse de soutien aux pairs
ÉCTI de Prescott-Russell
Par : Marie-Anne Levac

Je suis Marie-Anne Levac, travailleuse de soutien aux pairs. Une travailleuse de quoi? Qu’est-ce que c’est au juste? Qu’est-ce que ça prend pour devenir travailleuse de soutien aux pairs? Est-ce motivant? Est-ce bon dans un cheminement de carrière? Est-ce ceci…est-ce cela? Je tenterai de répondre à une multitude de questions de ce genre en abordant trois thèmes spécifiques :

  • Qui je suis
  • Ce que je fais
  • Ce qui m’habite

Je suis une personne forte qui a de belles qualités et un grand potentiel. Mais comme tout le monde j’ai un bagage remplis d’importants accomplissements et de défis que j’ai réussi à relever avec succès. Si vous savez un peu sur l’identité d’une travailleuse de soutien aux pairs, soit entre autres que c’est une personne qui a connu des défis sur le plan de la santé mentale vous sautez peut-être droit au but et vous vous demandez quel est mon diagnostic. Je vous dirais que mon premier diagnostic a été le burnout, suivi d’un dépression, suivi d’une dépression majeure, suivi, d’une dépression avec éléments de psychose, suivi de schizo-affective, suivi de bipolaire. Mais moi, je prends une efface et j’efface tout le tableau du diagnostic parce que je préfère parler de mes rêves, de mes actions, de ma force, de mon endurance et de mon positivisme.

J’étais une élève assidue à l’école qui remportait toutes sortes de médailles et de prix académiques, sportifs, musicaux et comportementaux. Je pratiquais le patinage artistique, suivait des cours de piano et d’accordéon tout au long de mon enfance. J’habitait un milieu rural avec un frère, une sœur qui vivait avec une déficience intellectuelle, un père dévoué au travail et à ses enfants et une mère qui souffrait de grave maladie mentale continuellement.

Je suis une personne très compétitive qui aime réussir, apprendre et accomplir. J’ai sauté ma douzième année pour entrer à l’université à l’âge de 17 ans. J’ai réussi un baccalauréat en English Literature et en lettres française de l’université de Western Ontario et un brevet d’enseignement pour le secondaire à l’Université Laurentienne.

Je suis une personne positive qui adore développer des ressources personnelles, qui aime voyager, parler en public, m’amuser et travailler vers des objectifs personnels et collectifs. Je jubile lorsque je contribue de moi-même à la société pour l’améliorer et laisser ma marque.

Et comment le rôle de soutien aux pairs apparaîtra-t-il sur mon cv dans mon cheminement de carrière? Le rôle de soutien aux pairs est un pas poser sur la divulgation d’une partie de ma vie. Lorsque j’ai posé ce pas, j’ai arrêté complètement de cacher une grande partie des bagages de mon passé et j’ai décidé de prendre la parole pour partager une réalité, pour défendre le bien-être de nombreuses personnes, pour faire évoluer une société que j’aime et dans laquelle il vaut la peine d’investir. Si certains services refusent de m’embaucher plus tard à cause de cette réalité je me battrai pour abattre les arbres et je me trouverai des portes de sorties originales et créatives. Je me dis que s’ils me voient aller et que je continue à tenter de me dépasser, ils verront les nombreux bénéfices de faire affaires avec moi. Aujourd’hui, je suis une femme qui aime être active, apprendre constamment, créer des outils et services et jouer un rôle de travailleuse de soutien aux pairs avec courage et soin.

Et maintenant le cœur du sujet: Ce que je fais dans mon quotidien comme travailleuse de soutien aux pairs. Un peu comme tout le monde de mon équipe autour de la table: des tâches de la vie quotidienne pour les clients, des démarches sur le plan social dont des rendez-vous avec des organismes, de la gestion de correspondance etc., de l’intervention au niveau de la gestion des médicaments et du contrôle de l’abus de substance, de la participation aux activités communautaires et de loisirs etc. Mais au delà de ça, j’ai une spécialité…une spécialité qui est riche, qui m’a apporté un cheminement personnel qui m’a fait évolué beaucoup sur le plan personnel et professionnel: mon vécu psychiatrique. Je puise dans mon expérience personnelle de réalités vécus en situation de détresse psychologique pour m’armer des moyens que j’ai mis en place comme des roches que j’enfonçais une à une dans un puit que je devais escalader pour revoir la lumière du jour. Je me suis fabriquer une échelle de mes propres mains et je tente d’encourager mes semblables à créer des moyens qui leur sont propre que se soit une corde, une montgolfière, des ressorts, des habiletés athlétiques n’importe quoi mais qu’ils réussissent à se sortir la tête hors de l’eau pour éviter la noyade.

C’est toujours très spécial lorsque je me présente aux clients et que je leur dit que je suis travailleuse de soutien aux pairs. Travailleuse de quoi? Je réponds que je suis quelqu’un qui a déjà connus des problèmes de santé mentale mais que je vais très bien aujourd’hui. Je leur dis que j’ai déjà eu deux grosses rechutes et quelques petites mais que j’ai remonté la pente, que je prends toujours des médicaments mais que ça va très bien. En général, les clients sont très heureux de voir qu’un poste comme le mien existe au sein de l’équipe. Je peux offrir de l’empathie aux clients en parlant de la souffrance et de la noirceur des rechutes. Je me fait un point de leur donner le souffle de l’espoir en partageant des expériences vécus ou en tentant de voir des étoiles dans leurs propres vécus.

Le rôle de soutien aux pairs se taille aussi à notre personnalité. J’ai des forces en rédaction, en planification et en écoute active. Je modèle mes interventions en utilisant mes forces. Je ne peux pas être la tarzan de tous et sauver tout le monde parce que je sais très bien que se sauver d’une dépression ou d’une psychose appartient d’abord et avant tout à la personne concernée. Je peux tenter de rejoindre par mon vécu et mes ressources les clients et faire valoir mon point de vue auprès de l’équipe lors de prise de décisions.

Ceci m’amène à un autre point important: mon rôle au sein de l’équipe. Il arrive parfois que les membres de l’équipe catégorisent les clients dans une case que je considère sombre et défavorable à leur égard. Ils sont très professionnels et ont les clients bien à cœur mais ils n’ont pas été dans mes souliers. Ils ne peuvent pas s’identifier aux clients au point de dire le client c’était moi. Je sais comment je voulais qu’on me voit à ce moment là et bien que ce n’est pas pareil pour tout le monde je connais l’importance des regards et des commentaires portés à notre égard lors de nos pires moments. J’ose prononcer les mots chargés d’émotions parfois et qui vibrent en moi comme les cordes d’un violon. Parfois et souvent c’est la colère qui monte en moi et je tente de la traduire par des commentaires raisonnés et professionnels parce que je suis travailleuse de soutien aux pairs mais aussi parce que j’ai un bagage solide de connaissances académique et de vécu qui m’a assagie.

Je vous donne un exemple très simple. Parfois j’entends parler des client comme ceci: Les gens comme eux-autres sont comme ceci. Eux-autres ont de la difficulté à… Les cheveux me dressent sur la tête parce que je ne peux pas endurer cette catégorisation. Ce n’est pas parce qu’on a eu un problème de santé mentale qu’on pense ou agit automatiquement d’une manière d’un client typique. J’aimerais bien qu’on me dise quel est le modèle du client typique pour que je vous démontre comment chaque client ne ressemble pas au client typique. De plus si jamais il y ressemblait un peu, j’aime croire que je ne le verrais pas comme cela parce que le caser lui nuirait j’en suis convaincue.

J’ai la chance d`être au sein d’une équipe ÉCTI remarquable où j’apprends sur le modèle de l’intervention et sur chaque discipline propre à chaque membre de l’équipe. Je me sens comme si j’ai une place de choix au sein d’une équipe qui a l’oreille tendue vers mes commentaires et mes préoccupations face au bien-être des clients.

Qui je suis ne peux pas accepter que les intervenant en santé mentale me disent des choses qui me stigmatisent davantage. Je suis comme une voix du subconscient qui revient à la surface dans des discussions animés pour remettre la pendule aux heures de pointe.

Je suis fière de dire aujourd’hui que j’habite le monde alors qu’au creux de ma dépression j’habitais les profondeurs de mon lit. Alors que la noirceur, la confusion et la détresse m’envahissais, je me plaît aujourd’hui à vivre une vie riche, équilibrée saine et épanouissante. Je suis habitée par une joie de vivre qui s’inspire de tout ce que j’ai appris des organismes en santé mentale qui ont été sur mon chemin comme la maison le Ricochet, l’Apogée, l’Élan et Horizon Renaissance. Je me rappelle des promenades en wagonnettes, des escapades de photographies, des ateliers de poésie, de discussion avec les intervenantes, des camps d’été, des sorties en ski et de mille et une activités qui ont contribués à mon rétablissement. Je fais maintenant ses mêmes activités avec les gens de mon réseau personnel et dans mon travail.

Je suis habitée par un profond désir de contribuer positivement à la société en perfectionnant ses modèles, en créant de nouvelles structures, en partageant des nouvelles idées et façons de voir. J’ai écris un livre intitulé Jaune et publié aux Éditions du Chardon Bleu qui pour moi représente un passé douloureux. Je travaille maintenant sur un livre plus actuel penché sur les nouveaux modèles sociétales.

Je suis habitée par une force de vivre qui veut faire de ma vie et de celles des gens qui m’entourent une sphère d’accomplissement, de création, d’expériences positives, de rires, de réalisation de soi et de relations nourrissantes.

Je suis travailleuse de soutien aux pairs, je suis Marie-Anne Levac, je suis une professionnelle de la santé qui sait faire une différence.

   

Marie-Anne Levac
Québec, le 9 novembre 2006