35 ANS
ARTICLES D’HIER À AUJOURD’HUI

  • CONFRONTATION DE PRATIQUES QUÉBÉCOISES EN ÉMERGENCE AVEC LES DONNÉES D’UNE RECENSION DES ÉCRITS EN RÉADAPTATION PSYCHOSOCIALE

    Résumé :

    La continuité des services est un facteur clé dans l’efficacité de la réadaptation psychosociale, aussi bien dans la coordination des plans de services et des modèles intégrés du type « club », que pour les programmes plus spécialisés comme le soutien au logement, le soutien à l’emploi et le soutien aux études.

    Abstract :

    In psychosocial rehabilitation, long-term support is increasingly seen as a key to efficient service delivery, not only in integrated case management and club house models, but also in more specialised services such as supported housing, supported employment and supported education programs.

    L’Association québécoise pour la réadaptation psychosociale a récemment tenu une « journée québécoise » dans le cadre du Congrès organisé par l’Association mondiale pour la réadaptation psychosociale. Lors de cet événement, un atelier réunissant cinq participants a permis de discuter les résultats d’une recension des écrits qui sera prochainement publiée aux Éditions Gaëtan Morin¹.

    Madame Lise Tessier, coauteure de l’ouvrage et professeure à l’École de service social de l’Université Laval, a présenté dans la première partie différents types de programmes intégrés en mettant particulièrement l’accent sur les notions de « suivi continu » et en soulignant à la fois les avantages et la complexité de l’opérationnalisation de ces notions.

    Madame Michèle Clément, coauteure et professionnelle du Centre de recherche sur les services communautaires, a repris la notion de « suivi continu » pour l’appliquer cette fois à des programmes plus spécifiques comme le soutien à l’emploi, le soutien à l’éducation et le soutien à l’hébergement.

    Madame Vesta Wagener-Jobidon, Membre du Comité de la santé mentale co-fondatrice du PAVOIS et collaboratrice à la recension des écrits, a pour sa part discuté de la philosophie et de l’organisation des modèles « club » pour ensuite présenter de façon plus spécifique le programme Le PAVOIS (Québec) qui s’inspire de ce dernier modèle. Sa présentation s’est terminée sur la mise en perspective du programme en fonction des développements récents dans le domaine de la réadaptation psychosociale mis à jour par la recension des écrits.

    À partir d’un programme résidentiel géré par les travailleurs sociaux, madame Yolanda Sabetta, responsable du service social à l’Institut Albert Prévost à Montréal, a traité de la continuité des services. En plus d’insister sur l’importance de la continuité, elle a aussi illustré les obstacles liés à sa réalisation.

    Monsieur Roger Paquet, Directeur Général du Centre Hospitalier Pierre-Janet à Hull et président du Comité de la santé mentale du Québec, a terminé la présentation en traitant de la nécessité pour les gestionnaires d’adhérer à la philosophie de la réadaptation psychosociale et de l’obligation de traduire cette adhésion dans des gestes concrets qui concourent à supprimer les obstacles et à favoriser le développement d’initiatives en ce sens.

    L’atelier qui réunissait une soixantaine de participants et participantes, s’est clos sur une discussion qui a fait ressortir l’intérêt du thème.

    Lise Tessier et Vesta Jobidon

    ¹ Lise Tessier et Michèle Clément. La réadaptation psychosociale en psychiatrie : Défis des années 90. Éditions Gaëtan Morin

  • Le traitement alternatif en santé mentale : sa spécificité et son devenir. (Extrait)

    Texte préparé pour distribution lors du Colloque du 20e anniversaire de la Maison St-Jacques à Montréal, le 20 novembre 1992. Nous le reproduisons intégralement avec la permission de la Maison St-Jacques.

    Cette année, la Maison St-Jacques fête son vingtième anniversaire. En soi, il s’agit déjà d’un événement car il est en effet peu commun qu’une ressource alternative atteigne un si « grand âge ». En réunissant, par le biais de ce colloque, divers praticiens et théoriciens de l’intervention alternative, nous vous proposons de faire le point sur les différentes expériences thérapeutiques alternatives dans le champ de la santé mentale à l’heure actuelle ainsi que sur leurs perspectives de développement pour les années qui viennent.

    S’interroger sur le sens du terme « alternative » est sans doute une question sur laquelle il faut tout d’abord se pencher eu égard au thème abordé durant cette journée. Le concept s’est généralisé, on le sait, depuis les années 70 et a servi à qualifier un mouvement socio-culturel aux contours imprécis dans des secteurs aussi diversifiés que l’économie, l’éducation, la sexualité, l’habitation, le transport, l’environnement, la médecine, les arts, les communications, etc. En fait, le principal sinon le seul point de convergence de ce mouvement, par ailleurs fortement éclaté, aura été une volonté commune d’échapper à l’emprise des institutions hétéronomes fortement hiérarchisées, au contrôle des appareils lourds et bureaucratiques. On peut aussi dire que pendant ses premières années d’existence, ce mouvement s’est défini davantage par son caractère militant d’opposition aux grands appareils, « anti-institutionnelle » que par l’affirmation positive de son altérité.

    Aujourd’hui, après 20 ans et plus d’existence, pouvons-nous encore affirmer que ce mouvement se présente de manière aussi antinomique qu’à ses débuts ? Il y a en effet une autre façon de le définir qui correspond sans doute davantage à la réalité actuelle du mouvement dit « alternatif ». Cette définition, plus près de son origine étymologique, pose l’alternative non plus comme un mouvement invariablement « contre », mais plus largement comme l’émergence d’une position nouvelle, comme l’ouverture à une variation, comme la reconnaissance d’une différence.

    Élargir ainsi notre conception de l’alternative nous amène inévitablement à l’associer, d’une part, à toute pensée vivante qui n’avance en définitive qu’à travers ce qui l’interpelle, la questionne, la confronte et, d’autre part, à la dynamique profonde de toute société. En effet, toute société, quelle qu’elle soit, n’est-elle pas toujours mouvante, changeante et ne doit-elle pas, pour rester en vie, se modifier sans cesse ?

    Vue sous cet angle, l’alternative constitue cet « Autre » permettant d’échapper à la sclérose du « Même » et ne peut plus être perçue comme une simple excroissance, un vulgaire épiphénomène à peine toléré, aux marges de l’institution, mais plutôt comme un aiguillon essentiel à la vie même de toute institution. Par ailleurs, nous pouvons aussi dire que si la logique institutionnelle a tendance à être « reproductive » du même, la logique alternative tend, quant à elle, à être « productive » au sens le plus strict, c’est-à-dire littéralement « produire de l’altérité », des pratiques inédites, des idées neuves, des rapports différents entre les gens, voire de nouveaux rapports à soi.

    Poser l’alternative en des termes aussi génériques ne peut manquer, on s’en doute, de déboucher sur une « autre » approche de l’intervention clinique en santé mentale. Cette approche suppose, en effet, un rapport différent avec les personnes qui ont recours à ces services de traitement. Ce rapport est autre dans la mesure où il va inévitablement à l’encontre du modèle thérapeutique médico-psychiatrique encore largement dominant à l’heure actuelle dans le champ de la santé mentale. Ce dernier consiste, en effet, le plus souvent, à limiter l’intervention au traitement des seuls symptômes en prenant appui sur une conception biomédicale de la maladie mentale, conduisant presque invariablement à une prise en charge totale par l’institution et la médication. Considérée comme dépourvue de tout pouvoir et de tout contrôle sur sa situation, la personne se fait littéralement confisquer son statut de « sujet » devenant ainsi, au sens le plus strict du terme, « objet » d’observation, objet de contrôle, objet de normalisation.

    La vision propre au traitement alternatif reconnaît au contraire pleinement à cette personne un statut de sujet, tout au moins potentiellement autonome et responsable, en posant d’emblée sa capacité à intervenir sur lui-même, à trouver par lui-même et en lui-même son propre sens, sa propre vérité ; en d’autres termes, elle considère la personne en demande d’aide comme le principal acteur, le « maître d’œuvre » de sa propre démarche thérapeutique. C’est dans le cadre de ces paramètres, qui constituent en quelque sorte un paradigme du traitement alternatif en santé mentale, que la Maison St-Jacques continue à se définir, aujourd’hui encore, comme un milieu-thérapie véritablement alternatif et comme un lieu de traitement professionnel en santé mentale différent, voire concurrentiel, de ce qui est offert dans le réseau institutionnel.

    La Maison St-Jacques propose une thérapie de groupe intensive. Ce programme s’adresse à de jeunes adultes âgés de 18 à 35 ans qui se reconnaissent des problèmes de santé mentale et qui désirent entreprendre une démarche de remise en question personnelle. C’est un programme exigeant qui comporte environ vingt heures… (extrait de l’article originale)